lundi 16 janvier 2012

Le Département de l'Energie met à jour sa stratégie pour les matériaux stratégiques

Le 22 décembre dernier, le Département de l'Energie (DoE) publiait une mise à jour de sa Stratégie pour les Matériaux Critiques [1]. Ce rapport, qui fait suite à la première édition parue en décembre 2010, entend évaluer la criticité de matériaux-clés - notamment les terres rares - pour le développement de technologies "vertes", telles que les éoliennes, les véhicules électriques ou les ampoules électriques à basse consommation, à l'instar de ce qu'à déjà fait l'Union Européenne [2].

"Ce rapport fournit des éléments afin de faciliter la transition vers les énergies "propres" [et] d'identifier des stratégies pour pouvoir faire face à de possibles pénuries de matériaux critiques dans les années à venir" déclare le secrétaire à l'énergie Steven Chu.

Les terres rares, un sujet d'inquiétude pour les autorités américaines

Parmi ces matériaux stratégiques, les terres rares sont souvent présentées comme particulièrement problématiques. Les terres rares constituent un groupe de 17 éléments chimiques comme le néodyme, le samarium ou le terbium, indispensables à la fabrication de nombreux composants électroniques de pointe, en particulier dans le domaine de l'armement et des technologies vertes [3].

En matière de production des terres rares, la Chine se trouve en position "quasi-monopolistique" en contrôlant 95% de la production mondiale. Dans le but de relancer la production de terres rares hors de Chine, plusieurs mines sont actuellement en développement, la plus avancée étant celle de Mountain Pass en Californie, qui devrait atteindre 20000 tonnes en 2012. Cependant, les analystes prédisent qu'il faudra 5 à 10 ans avant que ces installations soient capables de rivaliser avec leurs concurrents chinois.

Les pays développés craignent que cette situation ne fasse peser à court terme des risques importants sur leurs approvisionnements. La décision de la Chine de réduire significativement les exportations de terres rares (-40% en 2010) a amené les autorités américaines à prendre conscience de la précarité de leur situation.

En conséquence, celles-ci ont pris des mesures afin d'évaluer précisément la portée du risque et d'envisager plusieurs solutions pour tenter de remédier au problème. Au Congrès, où cette question fait l'objet d'un certain consensus, l'approvisionnement en terres rares a fait l'objet de plusieurs propositions de lois depuis 2010. L'administration Obama a également chargé le Département de la Défense et celui de l'Energie d'établir des stratégies pour les domaines militaires et civils.

Une analyse de marché détaillé

Le rapport du DoE présente une analyse de marché détaillée des matériaux stratégiques, avec une estimation de la production et de différents scénarios d'évolution de la demande pour chaque matériau étudié.

Au cours de la dernière décennie, les prix ont été très volatils, et la croissance de la demande a été très rapide, tirée par le développement des énergies propres et par celui des appareils électroniques grands publics (télévision écran plat, téléphone portable...). Par contraste, l'offre n'a pas suivi l'évolution de la demande. Malgré une volonté politique forte, de nombreux facteurs s'opposent à une diversification de la production, notamment le manque de compétitivité économique et de main-d'oeuvre compétente pour relancer la production en dehors de Chine.

Certains matériaux plus critiques que d'autres

Parmi les résultats présentés dans le rapport, ceux de l'analyse de criticité permettent de distinguer aisément quels matériaux stratégiques sont susceptibles de poser des problèmes. Réalisée sur 16 matériaux jugés essentiels au développement des technologies vertes - terres rares ou autres, l'analyse note de 1 à 4 le risque sur l''approvisionnement et l'importance au secteur des énergies propres, afin de déterminer le "niveau de criticité" de chaque matériau. Les résultats sont présentés sous forme de "matrices de criticité" du risque à court terme et à moyen terme (cf. ci-dessous).

Matrice de criticité à court terme (présent-2015). Abscisse : risque à l'approvisionnement. Ordonnée : Importance au secteur des énergies propres.Crédits : 2011 Critical Materials Strategy, U.S. Department of Energy


Matrice de criticité à moyen terme (2015-2025). Abscisse : risque à l'approvisionnement. Ordonnée : Importance au secteur des énergies propres.Crédits : 2011 Critical Materials Strategy, U.S. Department of Energy

5 matériaux - dysprosium, terbium, europium, yttrium et néodyme - sont considérés comme "critiques" à court et à moyen terme; ce sont les mêmes qui ont été identifiés lors de l'étude de 2010 (moins l'indium). Si le risque est également jugé important pour d'autres matériaux comme le cérium, le lanthane ou le tellure, il a tendance à décroitre au fil du temps.

Les aimants permanents et l'éclairage efficient, deux technologies menacées

Le rapport se focalise sur 3 secteurs technologiques particuliers, afin d'évaluer précisément leur vulnérabilité à un risque de rupture d'approvisionnement en matériaux stratégiques :
- Les terres rares jouent un rôle important dans le raffinage du pétrole : le lanthane est utilisé comme catalyseur pour le craquage des produits pétroliers, et sert ainsi à augmenter le rendement du raffinage du pétrole en carburant. Cependant, au vu de la capacité d'ajustement des raffineries et du moindre risque de rupture de l'approvisionnement, le risque reste limité.
- Le néodyme et le dysprosium sont utilisés dans la fabrication d'aimants permanents, composants indispensables des moteurs des éoliennes et des véhicules électriques. Le risque important qui pèse sur ces matériaux pousse les constructeurs à minimiser l'emploi d'aimants permanents et influence la conception de leurs produits. Ainsi, les fabricants de véhicules électriques ont désormais tendance à privilégier l'utilisation de moteurs à induction ou à reluctance variable plutôt que les moteurs à aimants permanents.
- Le secteur de l'éclairage efficient est en forte croissance, une tendance renforcée par la disparation programmée de l'éclairage à incandescence dans plusieurs pays, notamment en Europe et aux Etats-Unis à partir de 2012 [4]. Cependant, cette demande risque d'impacter négativement les ressources en europium, terbium et yttrium - utilisés notamment dans les lampes fluoro-compactes (CFL) - dans des proportions significatives, particulièrement à court terme. A moyen terme, les lampes à technologie LED - contenant une quantité bien plus faible de terres rares - devraient prendre plus d'importance sur le marché, et limiter les risques liés à l'approvisionnement.

Les priorités de la stratégie : diversifier, substituer, recycler

Le rapport permet également au DoE de présenter son "plan recherche et développement" (R&D) pour répondre aux problèmes d'approvisionnement en matériaux stratégiques. Celui-ci repose sur 3 piliers : diversifier les approvisionnements, développer des substituts et encourager le recyclage et la réutilisation.

Si la R&D n'est pas un facteur déterminant pour la diversification de la production, elle permet néanmoins d'améliorer les processus d'extraction et de séparation du minerai, afin de les rendre plus efficaces, plus compétitifs et plus respectueux de l'environnement. En revanche, la R&D joue un rôle primordial lorsqu'il s'agit de développer des substituts aux matériaux les plus critiques, comme les terres rares lourdes.

De par les quantités importantes de déchets électriques et électroniques (DEEE) produites chaque année, les Etats-Unis disposent de ressources potentielles considérables en matériaux stratégiques, qu'il est cependant difficile d'exploiter à l'heure actuelle. Afin de développer le recyclage et le réemploi de ces ressources actuellement gaspillées, un robuste programme de R&D est essentiel aussi bien en amont de la production (concevoir des produits avec moins de ressources) qu'en aval (développer des procédés plus efficaces pour recycler les produits).

A travers différents groupes de travail organisés au cours de l'année 2011, le DoE a mis l'accent sur la coopération internationale avec des pays dans une situation similaire (Union Européenne, Japon) ou qui cherchent à devenir producteur de terres rares (Canada, Australie).

Les efforts de R&D en matière de substitution progressent

La diversification des sources de production prendra nécessairement plusieurs années et le recyclage pose des problèmes aussi bien logistiques que techniques - il est pour l'heure difficile de recycler efficacement les terres rares présentes en faibles quantités dans les CFL. Mais la recherche pour trouver des éléments de substitution aux terres rares est en bonne voie.

Des chercheurs de l'université de Northeastern (Boston, Massachussets) ont récemment annoncé être parvenus à fabriquer un aimant permanent sans utiliser de terres rares. En place du dysprosium habituellement utilisé, l'équipe du professeur Don Heiman, professeur de physique à Northeastern, a réalisé un alliage nanoscopique de manganèse-gallium arrangé de telle manière à produire un champ magnétique suffisamment puissant pour pouvoir rivaliser avec celui des aimants à base de terres rares [5].

La plupart des programmes de recherche du DoE se concentrent sur la création d'aimants permanents avec peu ou pas de terres rares. Ainsi, par l'intermédiaire de son Agence pour la Recherche Avancée dans l'Energie (ARPA-E) et son programme REACT, le DoE finance 14 projets de recherche dans ce domaine pour un total de 31,6 millions de dollars (30 millions d'euros) [6].



Pour en savoir plus, contacts :
- [1] "US Department of Energy Critical Materials Strategy" - 22/12/2011 - 197 pp. - http://energy.gov/sites/prod/files/DOE_CMS_2011.pdf
- [2] "Critical raw materials for the EU" - European Commission - 30/07/2010 - 84 pp. - http://redirectix.bulletins-electroniques.com/B2ir4
- [3] ""Terres rares et humanum est" : les Etats-Unis inquiets de leur dépendance envers la Chine" - Bulletins Electroniques Etats-Unis 221 - MARTY Gabriel, MAGAUD Marc - 01/10/2010 - http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/64638.htm
- [4] "New lighting Standards Begins in 2012" - US Department of Energy - http://redirectix.bulletins-electroniques.com/EQCC2
- [5] "Large coercivity in nanostructured rare-earth-free MnxGa films" - Applied Physics Letters n°99 - NUMMY, T.J., BENNETT S.P., CARDINAL T., HEIMAN D. - 22/12/2011 - 3 pp. - http://redirectix.bulletins-electroniques.com/6LO4Y (payant) - accessible gratuitement en pré-publication : http://arxiv.org/ftp/arxiv/papers/1111/1111.6267.pdf
- [6] Liste des projets de recherché finances par ARPA-E - http://redirectix.bulletins-electroniques.com/2Tg3d (mise à jour le 16/11/2011)


ORIGINE : BE Etats-Unis numéro 273 (13/01/2012) - Ambassade de France aux Etats-Unis / ADIT - http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/68791.htm

vendredi 13 janvier 2012

Les Smart Grid vont faciliter le commerce local d'énergie


Smart Grids

L'infrastructure du réseau d'énergie intelligent joue un rôle déterminant pour réduire les coûts et la fiabilité de la distribution d'énergie, à l'échelle locale.

Le secteur de l'énergie électrique évolue avec certains utilisateurs capables désormais de produire leur propre énergie et de la revendre localement. Une telle approche ne fonctionnera qu'avec une infrastructure dédiée, baptisée de Smart Grid, et qui jouera le rôle de soutien.
Mieux, suivant sa topologie et son modèle d'évolution, ce réseau d'énergie intelligent pourra créer l'émergence d'un marché décentralisé de l'énergie. C'est en effet la conclusion du rapport rédigé par deux universitaires aux Pays-Bas.
Giuliano Andrea Pagani et Marco Aiello ont d'abord analysé - au sein du groupe de systèmes distribués de l'institut Johann Bernoulli à l'University de Groningen - le réseau électrique hollandais en place aujourd'hui. Ils ont pu ainsi déterminer l'impact économique de ses propriétés topologiques sur le commerce décentralisé de l'énergie.

Ouverture de marchés locaux

Plusieurs aspects bénéfiques peuvent découler de l'ouverture de marchés locaux d'énergie : la production d'énergie renouvelable, l'autonomie énergétique des consommateurs-producteurs voire le profit que ces derniers peuvent réaliser à la vente de leur surplus d'énergie. Mais, pour bien comparer les points de vue économiques des infrastructures d'énergie, il faut tenir compte aussi du prix du câblage nécessaire à la connectivité d'une Smart Grid.
Le rapport Pagani-Aiello étudie surtout la façon dont les diverses topologies d'infrastructures et leurs propriétés variables peuvent s'adapter, ou non, aux futurs réseaux de type Smart Grids. Leurs travaux s'appuient sur des études portant à la fois sur des réseaux sociaux et sur des infrastructures technologiques.

Des bénéfices tangibles 

Plusieurs modèles ont été analysés. En particulier, les auteurs ont examiné les apports topologiques bénéfiques à la distribution de courant électrique à l'échelle locale. Leur enquête statistique porte aussi sur les propriétés d'échantillons de câbles destinés à soutenir des courants de faible et moyen voltage, afin d'estimer les investissements nécessaires. Bien que des bénéfices significatifs, selon les propriétés topologiques du réseau, soient mis en évidence, la quantification économique reste complexe car la réalisation d'une grille très interconnectée - fût-elle de faible voltage - requiert un investissement conséquent.
Le travail réalisé à Groningen pourra cependant servir de validation d'infrastructures en place, voire de soutien ou d'aide à la décision lors d'une prochaine migration d'infrastructure électrique vers une Smart Grid. Il pourra contribuer aussi à prédire l'impact d'un changement de topologie sur certains modèles réseaux, notamment du point de vue de l'efficacité, de la robustesse et de la tolérance aux pannes.

Source : Atelier BNP Paribas

Les monnaies virtuelles à la conquête de l’économie réelle

Connaissez-vous les twollars? Peut-être pas, mais vous avez sans doute entendu parler des crédits Facebook. Les réseaux sociaux développent aujourd'hui des monnaies virtuelles dont l'usage pourrait s'imposer à des centaines de millions d'utilisateurs, avec des conséquences dont on commence à peine à mesurer l'ampleur. Par où passeront les flux financiers issus de ces transactions?



La dématérialisation de la monnaie n’a pas attendu Mark Zuckerberg: nos salaires et notre épargne ne nous sont pas comptés en pièces d’or, ni même en billets de banque, ce ne sont que des lignes inscrites sur nos comptes bancaires. Il en va de même des transactions financières qui à New-York, Londres ou Francfort font et défont l’économie réelle. Mais ces montants petits et grands sont libellés dans des devises ayant cours légal.
Monopoly 2.0
Or on voit aujourd’hui se développer des monnaies d’un nouveau genre, qui n’ont pas cours dans le monde réel – pas encore. Elles sont virtuelles, au double sens du terme: elles ne sont utilisées que sur Internet, et n’ont pas de contrepartie en métal. Elles n’ont pas de valeur réelle, mais une valeur d’usage, celle que veulent bien lui reconnaître les personnes qui les utilisent.
Hier encore on aurait vu dans ces devises 2.0 une simple variante des billets de Monopoly. De fait, c’est bien au sein des univers virtuels ludiques que ces monnaies se sont développées le plus rapidement, et plus précisément au sein des jeux en ligne massivement multi-joueurs (MMOG, de l’anglais massively multiplayer online game, parfois abrégé en MMO). Des jeux en ligne comme World of Warcraft ou Star Wars – The Old Republic ont créé leur propre monnaie, qui permet d’acquérir les accessoires indispensables à la survie en ligne. Et la passion des joueurs est telle qu’ils sont prêts à échanger ces fifrelins virtuels contre de vrais dollars ou de vrais euros. C’est une ébauche de convertibilité qui se fait jour; des sites spécialisés, comme IGE.com, ont même ouvert de véritables bourses, dans lesquelles on vend et on achète les crédits de différents jeux, et où chaque devise virtuelle est cotée au jour le jour.
Sur Second Life, univers virtuel en 3D sorti en 2003, les utilisateurs peuvent créer le contenu du jeu (des vêtements aux bâtiments), mais aussi le commercialiser. L’écosystème économique fonctionne grâce au dollar Linden, qui est convertible en dollars US via la plateforme LindeX. Des entreprises y ont investi, via les budgets communication ou marketing; et chaque abonné payant de Second Life reçoit chaque semaine une somme en Linden$, qui lui permet d’acquérir des objets virtuels et des services auprès des autres utilisateurs. Certains internautes tirent de ces services des sommes virtuelles substantielles, qu’ils convertissent en revenus réels.
Mais Second Life est aujourd’hui en perte de vitesse et si une véritable économie parallèle s’y est développée, elle est restée marginale par rapport à l’économie réelle. C’est avec le développement des réseaux sociaux enracinés dans la vie réelle que les monnaies virtuelles ont vraiment décollé, et pris une autre dimension. Certes, lestwollars utilisés sur Twitter pour récompenser une bonne action paraissent purement anecdotiques. Mais les Facebook Credits concernent virtuellement plus d’un demi-milliard d’individus et surtout leur connexion avec le monde réel est beaucoup plus forte que les Linden dollars et autres WoW Gold. Il ne s’agit plus d’échanges pour rire, entre avatars, au sein d’un univers fermé, mais bien de transactions entre personnes réelles.
L’enjeu n’est plus alors d’organiser des flux économiques dans un monde alternatif à la réalité, mais d’organiser au sein du monde réel une circulation différente de la monnaie. On change de dimension. Et pour comprendre ce qui se joue aujourd’hui, il faut élargir le champ de références. Les monnaies virtuelles qui émergent aujourd’hui empruntent certes aux expériences menées autour des jeux en ligne. Mais elles sont également issues de deux univers originellement distincts, qui tendent de plus en plus à se fertiliser mutuellement: la contreculture alternative et le marketing.
Monnaies alternatives
La première est marquée par le souci du partage et de la solidarité, un intérêt marqué pour les échanges non-marchands, et un goût décidé pour l’autogestion et plus généralement tout ce qui permet à la société en général, ou à des communautés en particulier, de s’organiser librement, hors du contrôle des Etats et en marge du modèle de l’économie de marché. C’est dans ce cadre qu’ont été expérimentés les systèmes d’échanges locaux (SEL), qui sont parmi les premiers exemples de monnaies alternatives. Il s’agit de systèmes d’échanges alternatifs, fonctionnant à l’intérieur d’associations locales qui permettent à leurs membres de procéder à des échanges de biens, de services et de savoirs sans avoir recours à la monnaie traditionnelle. On cite souvent l’exemple des Chiemgauer développés en Bavière depuis 2003 et qui ont connu un succès remarquable, mais les expérimentations se sont multipliées aussi bien dans les pays développés qu’au sein des nations émergentes.
En Europe, on associe généralement les SEL à une culture politique de gauche ou d’extrême gauche, mais aux Etats-Unis ils sont également rattachés à la tradition libertarienne, dont est issu le mouvement du Tea Party. Au Canada, où le mouvement est né en 1983, les local exchange trading systems (LETS) ont été conçus d’une façon moins idéologique, comme le précise le manuel rédigé par Michael Linton, fondateur du premier réseau.
L’idée originale était d’offrir un complément local à la monnaie nationale, afin de faciliter les échanges de services, notamment entre personnes démunies d’argent. Par exemple, un membre du LETS gagne des crédits en gardant une personne âgée et les dépense plus tard auprès d’une autre personne du même réseau. Les transactions sont enregistrées dans un registre central ouvert à tous les membres. L’enjeu des LETS est ainsi de dynamiser et valoriser des échanges, en particulier les échanges de services, qui auraient du mal à être monétisés en économie marchande.
Les programmes de fidélisation constituent la deuxième lignée ascendante des monnaies virtuelles. Les plus anciens dateraient de la fin du XVIIIe siècle, et dès le XIXe siècle de grandes firmes ont tenté de fidéliser leurs clients avec des coupons et autres bons cadeaux. Mais c’est dans les années 1980, à peu près en même temps que naissent les premiers SEL, que les modèles d’aujourd’hui prennent leur essor.
Ce sont les compagnies aériennes, dans le contexte de la déréglementation lancée par le président Reagan, qui se montrent les plus inventives. American Airlines se lance la première, bientôt suivie par la plupart des grandes compagnies, puis par des firmes d’autres secteurs. L’enjeu premier est de résister à la concurrence et donc d’affronter la vague de libéralisation des années 1980. Mais ce modèle s’impose aussi dans un contexte particulier, celui des économies développées parvenues à un stade de maturation où la croissance naturelle du nombre de clients d’un service donné est limitée. Les fameux “miles” qui nous permettent de voyager sans bourse délier ont pour but premier de nous fidéliser, et de reconstituer ainsi une clientèle captive. Il s’agit désormais d’un grand classique du marketing – une des bases de la discipline.
Dans un premier temps, les seules récompenses sont des voyages. Il s’agit d’une simple réallocation des flux financiers, interne à l’entreprise: une partie du chiffre d’affaire clients est affectée au financement de ces primes offertes aux voyageurs les plus fidèles. Mais très vite sont élaborés des modèles plus raffinés, où se développe une monétisation des points de fidélité qui peuvent être utilisés pour acquérir des biens ou services dans d’autres enseignes. Un bon exemple de programme multi-entreprises est celui mis en place en France autour de la SNCF. Six enseignes de grande distribution et une banque récompensent dépenses et retraits d’argent à travers un système commun: les points de fidélité peuvent être échangés contre des cadeaux, bons d’achat, billets de train, cartes cadeaux et “Chèques épargne”. Le modèle communique donc, via ces “chèques”, avec l’économie réelle; mais il est conçu pour fonctionner avant tout en interne, en redirigeant les clients vers les biens et services offerts par les entreprises membres du réseau.
Monnaies 2.0
Ce modèle en réseau est également au cœur des écosystèmes monétaires qui se développent aujourd’hui sur Internet. Mais avec Q Coins du Chinois Tencent QQ et aujourd’hui les Facebook Credits, on passe à la vitesse supérieure. Et dans ce changement de dimension quelque chose de radicalement nouveau est en train d’émerger, au point que dès 2007 la banque centrale chinoise a lancé l’alerte sur le risque d’une concurrence des Q Coins avec le yuan. Essayons de comprendre ce qui se joue, en prenant l’exemple des Facebook Credits.
Lancés fin 2009, on peut les acquérir avec une carte bancaire, un compte Paypal, via des systèmes de paiements mobiles comme Zong, et en Asie ils sont même distribués dans les enseignes 7-11. Depuis le 1er juillet 2011, ils sont obligatoires pour les éditeurs de jeux et de services sur Facebook, même si ceux-ci peuvent conserver leur propre monnaie virtuelle (comme le FarmCash du fameux jeu Farmville). Il n’est pas besoin d’être grand clerc pour deviner qu’entre les monnaies «locales» comme celle de Farmville et celles utilisables sur l’ensemble du réseau, le choix sera vite fait.
Facebook, à la façon d’Amazon et Apple dans le commerce en ligne, prélève un pourcentage de 30% sur toute transaction réalisée en Facebook Credits. L’enjeu est déjà considérable, puisque le marché des biens virtuels aurait dépassé les deux milliards de dollars aux Etats-Unis pour la seule année 2011, d’après une étude du cabinet spécialisé Inside Network.
Mais les Facebook Credits ne permettent pas seulement d’acquérir des biens virtuels. Si Facebook abrite des jeux en ligne, le réseau social est aussi au cœur d’un ensemble d’échanges beaucoup plus vastes, de consommation de services et de biens culturels, mais aussi d’interactions humaines dont une partie est susceptible d’être monétisée. Les exemples abondent. Aux Etats-Unis, les Facebook Credits permettent ainsi de voter pour les candidats de jeux télévisés (en alternative au SMS surtaxé), mais aussi de payer pour télécharger les films de la Warner. L’ambition du réseau social est d’en faire la monnaie d’échange de tout ce qui sera acquis par téléchargement à partir de son site – ebooks, musique, films, articles de journaux, billetterie (y compris les billets d’avion)… A terme, c’est une fraction considérable du commerce en ligne qui peut être concernée.
Et il ne s’agit pas simplement de prélever un pourcentage sur les ventes, mais de monétiser ce qui est aujourd’hui gratuit: une recommandation, par exemple, ou un clic sur une publicité, pourraient rapporter des Facebooks Credits aux membres du réseau. Les Facebooks Credits acquièrent ainsi une valeur d’usage presque comparable à celle d’une vraie monnaie, dans la mesure où ils peuvent servir dans de multiples transactions.
L’un des avantages des Facebook Credits est de faciliter les transactions sur Internet. Le but de l’entreprise californienne est à la fois de développer ces transactions, de les monétiser, et de faire de sa monnaie virtuelle une sorte de monnaie universelle. L’enjeu? Capter une part importante du commerce en ligne et plus généralement des transactions sur Internet, afin de prendre une commission sur ces flux.
D’ores et déjà des activités sont nées autour de ces nouvelles monnaies. En 2010, Google a déboursé 70 millions de dollars pour s’emparer de Jambool, une société spécialisée dans les solutions de monnaie virtuelle.
La généralisation de l’usage des Facebook Credits au sein de l’écosystème Facebook n’est qu’une première étape. Facebook a annoncé le 25 octobre qu’il allait favoriser la diffusion de ses crédits hors de son réseau.
Un défi aux Etats
Ce qui est en train de se passer n’est pas simplement une révolution business. C’est aussi un mouvement tectonique aux conséquences encore difficiles à évaluer. Car on assiste bel et bien ici à l’émergence d’une nouvelle monnaie internationale.
Or tant les stocks de monnaie que les flux sont étroitement contrôlés par les Etats, qui ont le monopole d’émission de la monnaie et tirent une bonne part de leurs ressources des taxes imposées sur les transactions – à commencer par la taxe sur la valeur ajoutée. La compagnie californienne, qui a le monopole d’émission de sa monnaie et prend une taxe sur les transactions, agit en fait exactement à la manière d’un Etat – un Etat privé et transnational, qui aurait plusieurs centaines de millions de citoyens virtuels. Certes, aujourd’hui ni vous ni moi n’avons utilisé ces crédits; mais demain?
Un des premiers problèmes posés par ces développements est l’évasion fiscale. Bien sûr, Facebook est taxé sur ses revenus. Mais l’argent qui circule en interne ne l’est pas – ou plutôt il est taxé par Facebook, et non par des entités publiques. Comme le note le bloggeur suédois Rick Falkvinge, du point de vue politique, ce développement signifie que les systèmes fiscaux et sociaux doivent être repensés et rebranchés (rewired) considérablement et sans attendre. Au demeurant, lui-même a annoncé récemment qu’ilinvestissait toutes ses économies en bitcoins, celle des monnaies virtuelles qu’il pense promise au plus bel avenir.
Cela pose le problème de la spéculation et des bulles. Les entreprises qui contrôlent l’émission des monnaies virtuelles ont-elles les compétences techniques des banques centrales? On peut en douter.
Un autre risque se fait jour, celui du blanchiment d’argent, ou, sur un autre registre, le développement d’un marché du travail hors cadre légal. On cite ainsi le cas du gold farming, qui voit des travailleurs à domicile (ou des jeunes des pays en développement passant des heures dans les cybercafés) accumuler des points pour les joueurs en ligne trop occupés par ailleurs. Et être rémunérés en monnaies virtuelles.
Dans tous les pays, confrontés aux problèmes les plus criants des monnaies virtuelles, les politiques s’interrogent. Les plus rapides à réagir ont été les Chinois, toujours attentifs au cours du yuan: devant le développement rapide des Q Coins et la menaceque cela faisait peser sur la gestion de la monnaie nationale, les autorités ont interdit les monnaies virtuelles à taux de change variable, n’autorisant leur usage que pour l’achat de biens et services virtuels, ce qui exclut donc les biens physiques. Mais ce type d’intervention a peu de chances d’infléchir un phénomène d’ampleur globale comme ce qui se joue aujourd’hui autour de Facebook. Gageons simplement que le sujet devrait tôt ou tard occuper le devant de la scène.
Source : ParisTech Review

jeudi 12 janvier 2012

Corse : stocker de l'énergie photovoltaïque via l'hydrogène

Corse : stocker de l'énergie photovoltaïque via l'hydrogèneLe CEA, l'Université de Corse et HELION (Groupe Areva) ont inauguré le 9 janvier 2012, à Ajaccio, au Centre de Recherches scientifiques Georges Peri, la plateforme de recherche et développement solaire et stockage de l'énergie : MYRTE.
Cette plateforme soutenue par la Collectivité Territoriale de Corse, l'Etat et l'Europe a pour objectif d'expérimenter et rendre possible l'intégration massive des énergies renouvelables dans le bouquet énergétique de la Corse sur la base d'un couplage « Energies renouvelables – Hydrogène».

Comment convertir l'énergie issue du soleil, soumise à des rendements aléatoires, en source électrique disponible à tout moment ?
C'est pour répondre à cette problématique qu'est né, en 2007, le projet MYRTE (Mission hydrogène renouvelable pour l'intégration au réseau électrique). Après cinq années de recherches, la plateforme MYRTE voit le jour à Ajaccio. La plateforme est constituée d'une centrale photovoltaïque, d'une puissance installée de 560 KWc sur 3.700 m2, reliée directement à une chaîne hydrogène, utilisée comme un moyen de stockage.

La plateforme MYRTE va permettre de développer un système et une stratégie de pilotage visant à améliorer la gestion et la stabilisation du réseau électrique corse. L'hydrogène, produit et stocké, permet de gérer les fluctuations de puissance des énergies renouvelables intermittentes intégrées dans le réseau.

Spécificité des iliens

Le réseau électrique corse présente toutes les caractéristiques des réseaux insulaires : de petite dimension, sensible aux variations de production, limité en capacité de nouveaux moyens de production, avec une forte augmentation de la demande en électricité. Parmi les moyens mis en œuvre pour répondre à ce besoin croissant en énergie, les énergies renouvelables sont particulièrement adaptées au contexte ilien.

Les énergies renouvelables sont des énergies dites intermittentes pour le photovoltaïque et l'éolien, et des énergies dites garanties concernant l'hydraulique, la biomasse, le biogaz et la géothermie. Les énergies renouvelables intermittent es sont ainsi nommées car elles connaissent de fortes variations temporelles, et ne garantissent donc pas un apport continu de puissance au réseau ni son équilibre entre production et consommation d'électricité.
Corse : stocker de l'énergie photovoltaïque via l'hydrogène

Aujourd'hui, l'utilisation d'énergie fossile est importante dans certaines régions ensoleillées comme la Corse ou les DOM-TOM. Le but de la plateforme MYRTE est de stocker l'énergie via un électrolyseur, qui convertit l'électricité en hydrogène et oxygène pendant les heures de faible consommation. Cette énergie est ensuite restituée via une pile à combustible , qui reconvertit l'hydrogène et l'oxygène en électricité sur le réseau pendant les heures de fortes consommations, c'est-à-dire le soir alors que les panneaux photovoltaïques ne produisent plus.
Tout ceci dans le but de limiter effectivement le recours aux centrales thermiques et de s'affranchir de la limite de 30 % d'intégration des énergies renouvelables intermittentes imposée par l'arrêté du 23 avril 2008.

Les réseaux électriques insulaires, non interconnectés, avec un fort taux d'intégration de sources renouvelables d'énergie nécessitent un dispositif permettant de gérer l'intermittence de celles-ci (régulation, stockage).
Corse : stocker de l'énergie photovoltaïque via l'hydrogène
L'hydrogène, produit et stocké, permet de gérer les fluctuations de puissance des énergies renouvelables intermittentes intégrées dans le réseau. 

Il s'agira d'examiner la capacité du système à répondre à un objectif d'écrêtage de la pointe appelée par le réseau électrique (appui au réseau de distribution) et au lissage de la puissance photovoltaïque produite (limiter les fluctuations et perturbations sur le réseau électrique).

De plus, d'autres travaux comme l'étude du vieillissement des matériaux, des systèmes, mais aussi la confrontation des résultats du logiciel de simulation et dimensionnement ORIENTE avec la réalité pourront être effectués. D'autres stratégies de fonctionnement pourront être envisagées afin d'étudier leurs impacts sur le contrôle commande du système.
Corse : stocker de l'énergie photovoltaïque via l'hydrogène
La plateforme MYRTE est dédiée au couplage entre un champ photovoltaïque et une chaîne hydrogène utilisée comme un moyen de stockage. 

La charge, c'est-à-dire la fourniture au réseau électrique, peut-être dans ce cas alimentée par le champ photovoltaïque ou par la pile à combustible via l'hydrogène stocké. Différentes stratégies de fonctionnement sont établies et implémentées dans le contrôle commande du système, mais aussi à partir de simulations obtenues grâce au logiciel ORIENTE . Ce logiciel, développé par l'Université de Corse, est dédié aux systèmes hybrides couplés à une chaîne hydrogène. Cet outil permet de simuler la répartition des flux énergétiques au cours du temps entre les différents sous-systèmes en intégrant leurs comportements caractéristiques. Dans le cadre de MYRTE, ORIENTE a permis de simuler, dimensionner et optimiser le système énergétique.

Avantages du couplage énergie solaire et vecteur hydrogène 


La coproduction d'électricité et d'hydrogène – vecteur énergétique – à partir d'énergie solaire présente permet de fournir un carburant non polluant, l'hydrogène sans émission de gaz à effet de serre.
Corse : stocker de l'énergie photovoltaïque via l'hydrogène


Cette technologie vise à : 

• l'écrêtage des pics de consommation, en restituant le soir sur le réseau l'énergie électrique stockée,
• l'atténuation des variations de production liées au passage de nuages par exemple,
• la limitation des surtensions liées à la forte production photovoltaïque dans un contexte de faible consommation.

En ce sens, un système de type MYRTE pourra contribuer à limiter les contraintes techniques liées à une pénétration massive de l'énergie photovoltaïque sur le réseau électrique.

La chaleur produite par la pile à combustible et l' électrolyseur pourra être valorisée en apportant de l'eau chaude à des bâtiments annexes ou en les chauffant.

Source : Enerzine

mercredi 11 janvier 2012

RFID-enabled watch offers contactless MasterCard payments


Watch2Pay devices include prepaid MasterCard PayPass technology to let consumers pay for purchases with a swipe of their watch anywhere PayPass is accepted.
 
Contactless credit cards have been around for several years already through the likes of RFID-enabled offerings such as MasterCard PayPass and VISA PayWave. What we hadn’t seen until recently, however, is a wrist watch offering similar capabilities. Sure enough, Watch2Pay devices include prepaid MasterCard PayPass technology to let consumers pay for purchases with a swipe of their watch anywhere PayPass is accepted.

The creation of Austrian watchmaker LAKS, Watch2Pay devices come with both a standard-sized MasterCard PayPass prepaid card, and a smaller version of the card which is fitted inside the watch. Both are linked to the same prepaid, reloadable account, and both are valid for two years. When shopping at participating MasterCard PayPass retailers, Watch2Pay users can simply hold their watch up to the retailer’s reader and payment is instantaneously made. The standard card, meanwhile, can be used at stores without PayPass technology. Available in numerous colors, each Watch2Pay device is priced at GBP 99. The video below explains the Watch2Pay premise further:

PayPass users spend roughly 25 percent more on their card each month than users of other cards do, MasterCard has reportedly said. What’s your brand doing to enable, support and encourage contactless payments?

Website: www.watch2pay.com
Source: Springwise

Snap a photo of a bill, then click to pay


Online payments may be easier to make than their offline counterparts in general, but there’s still at least some pain involved in entering account numbers and other information. Aiming to push the convenience up another notch, Danish Danske Bank now lets consumers snap a photo of their bill and then simply click to pay.

Danske Bank customers begin by downloading the bank’s mobile app, which is available for Android, iPhone, iPod Touch and iPad. Even those who are not customers of the bank can use some of the app’s features, which include funds transfer and bill payments. For the latter, customers can use their phone’s built-in camera to avoid having to enter key details such as the account number and payment amount. Instructions for doing so are provided on Danske Bank’s site, but essentially all customers need do is photograph the relevant section of their bill and then click to pay it.

Danske Bank’s app is free, requiring only that users pay for data traffic. How can your brand tap mobile technology to make customers’ lives easier? (Related: App instantly prices cars from a photo of their number plateRestaurant’s iPhone app lets users order and pay for foodiPhone app helps State Farm users submit a claim.)

Website: www.danskebank.se/sv-se/privat/Hembanken/Tjanster-i-hembanken/Pages/mobilbank.aspx
Source: Springwise

Thermodynamic ‘stones’ help keep coffee at the right temperature


Each Joulie is comprised of a thin, hollow stainless-steel shell filled with a lightweight, temperature-mitigating material; all told, they’re only 50 percent heavier than an ice cube of the same size, and they sink and stay out of the way in a user’s beverage.

Constructed of all food-grade materials, the small devices are roughly half the size of a standard chicken’s egg and are each designed to regulate the temperatuure of about 5 oz. of liquid. Users simply put the volume-appropriate number of Coffee Joulies into their hot drink as soon as it’s poured; the devices will then absorb heat from the liquid to quickly get it to the right temperature, then they slowly release that energy to maintain ideal drinking temperature for as long as possible.

Coffee Joulies launched as a project on Kickstarter and quickly earned its target funding goal. The company is now working full-time in Sherrill, New York, to fulfill the 8,000 pre-orders placed through its Kickstarter page. An inspired piece of product design to solve an everyday annoyance! (Related: Coffee mug for moms that won’t scald tykesPreheatable dining stones keep dinner warm.)

Website: www.joulies.com
Source: Springwise